« Être à l’école » a longtemps renvoyé à l’image d’un processus neutre et universel de construction des élèves, bien qu’excessivement local. Dans cette perspectives, dont on sait combien elle a pu invisibiliser la dimension de classe ou la réalité des tensions urbaines par exemple, les élèves n’ont longtemps pas eu de sexe, et par conséquent pas non plus de sexualité (Dagorn, 2014). Or la citoyenneté contemporaine ne se satisfait plus uniquement des conceptions définitionnelles abstraites. Elle prend notamment corps autour de notions récentes comme la lutte contre les discriminations, à la jonction entre un processus de reconnaissance universel et particulier, celui-là même des minorités alors protégées. Pour le dire autrement, « être à l’école » devient une expérience qui se fractionne, non seulement en fonction des âges, mais également en fonction des caractéristiques singulières de l’élève, dont le genre et la sexualité font aujourd’hui pleinement partie (en termes de droit comme d’identité). À travers la construction du féminin et du masculin, les jeunes ne vivent donc pas la même expérience scolaire. Ainsi, les injonctions à la virilité impactent sur les libertés des filles et excluent, voire stigmatisent les garçons et les filles en dehors de ce modèle (Joing-Maroye & Debarbieux, 2013). L’homophobie quant à elle s’inscrit durablement dans l’expérience scolaire des jeunes lgbt (Richard & Chamberland, 2014).