La place des femmes dans l’espace public est un révélateur des expériences citoyennes, des expériences relationnelles sur un territoire. Elle est aussi un bon indicateur des politiques publiques d’accès aux services, de respect ou d’inclusion des populations vulnérables et des minorités. Mobilités, accès aux offres de services privés comme publics, violences ou bien encore sentiment de sécurité, sont autant de manières de lier les questions de genre et d’espaces (urbains comme ruraux). À travers la notion de climat urbain (Dagorn et Alessandrin, 2018b), c’est-à-dire d’inclusion matérielle et d’expériences subjectives dans l’espace urbain, nous pouvons plus encore interpréter la quotidienneté des femmes. En la matière, la recherche francophone – pour ne parler que d’elle – a su éclairer un grand nombre de problématiques. Il serait faux de croire que ces sujets qui tissent les questions de genre et d’espace soient récents. Certes, la mise sur l’agenda médiatique des agressions sexistes ou sexuelles a grandement participé à mettre en lumière ces préoccupations, mais l’histoire du genre des espaces, ou du sexisme dans les espaces publics, ne date pas d’hier. Les travaux de Brigitte Bastiat (2004), de Christine Delphy (2011) ou, plus récemment, de Bibia Pavard et al. (2020), rappellent qu’aux origines des mouvements tels que le Mouvement de Libération des Femmes (MLF) ou bien encore des théories féministes contemporaines, étaient non seulement des revendications de droits mais aussi des revendications de places. Les manifestations, les prises de parole, ou encore les nombreux slogans des mouvements féministes sont la preuve irréfutable d’une volonté d’accès et d’usage des espaces publics (politiques, médiatiques comme urbains) par les femmes. Du point de vue de l’opinion publique, plusieurs éléments politiques et médiatiques ont fait se déplacer la question des violences sexistes et sexuelles du domaine privé au domaine public. Parmi ces derniers, on pourra noter le rapport du Haut Conseil à l’Égalité Femmes-Hommes (HCEFH) de 2015, qui annonçait le chiffre suivant : 100 % des femmes auraient été victimes de violences sexistes ou sexuelles dans les espaces et les transports publics au cours de leur vie (HCEFH, 2015). Plus encore, dans un contexte d’explosion de la parole des femmes sur les réseaux sociaux avec le mouvement #MeToo ou #balancetonporc, les expériences s’enracinent dans des témoignages. Ils ne disent plus l’abstraction des chiffres, ni même la théorie des revendications, ils racontent des événements socialement proches, émotionnellement affectants. En 2018, l’agression filmée de Marie Laguerre, jeune étudiante de 22 ans, fait le tour des réseaux sociaux. Son témoignage et son dépôt de plainte parachèvent d’attester de ces violences. Du microscopique du regard à l’évidence brutale des coups et des viols, les violences sexistes et sexuelles ne peuvent plus être niées. À tel point que le Gouvernement français fait voter l’entrée, dans le Code pénal, du délit d’outrage sexiste en 2018.
