#7 Langues et discriminations

Lutter contre les discriminations », c’est déjà savoir qu’il y a discrimination : savoir identifier le processus qui discrimine, et en connaitre les raisons. Les « discriminations linguistiques » sont diablement difficiles à reconnaître ! Certes, on sait tous que l’on se moque (gentiment) de tel ou tel accent ; que telle ou telle langue est réputée importante — ou pas. Ce qui est dit dans cette langue, ce qui est dit avec cet accent, perd alors de son importance. Et la personne qui parle dans cette langue, qui parle avec cet accent, perd lui aussi de son importance. Mais pourquoi ? La raison linguistique est généralement (toujours ?) invisibilisée : car seul celui qui a le pouvoir de la langue a le pouvoir de rendre visible la réalité. La langue, ce n’est pas que de la communication. Et certes il y a déjà là une belle discrimination entre la langue qui peut parler (au théâtre, dans les médias, à l’école, en politique, etc.) et celle qui n’a pas voix au chapitre. Mais la langue, c’est l’être même : notre mise en discours (collective et individuelle) d’une réalité universelle, la langue c’est nous. Elle nous distingue, et nous fait appartenir à une communauté. C’est ce qui nous sépare « des autres », et ce qui nous lie « à eux ». La langue nous dit que nous sommes d’autant de communautés que d’actes de parole. La langue c’est la discrimination par excellence, pour le meilleur … et pour le pire.

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